LE QUARTERON
- jeanhaie49530
- 16 avr.
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«Le Quarteron» à Bouzillé : sur Internet, les seules mentions sont le passage d’un chemin de randonnée et le «Domaine du Quarteron» (vins F. Vincent). Dans les ouvrages historiques, simples mentions : Célestin Port «Maine-et-Loire» et «Dictionnaire historique, géographique et biographique du Maine-et-Loire»… On s’aperçoit qu’il existe dans la région de nombreux «Quarteron» (Landemont, Champtoceaux, Beaupréau, etc).
Le recueil «Bouzillé à la découverte de nos rues et de nos lieux-dits» (Groupe d’histoire locale, 2010) évoque bien le Quarteron et l’origine du mot. «Le Carteron» figure déjà sur la carte de Cassini de 1750 ; sur le plan napoléonien de 1830 (A2 des Rénières) avec une vingtaine de bâtiments – certains n’existant plus aujourd’hui. Et sur la carte de l’état-major (1820-1866), où il y a trois ensembles de bâtiments mais toujours pas la grande maison actuelle (à l’entrée du Quarteron). Maison de type longère qui, en haut de sa façade sud, comporte à gauche la date «1876» et à droite «1894» (dates de début et d’achèvement ? Ou plutôt construction en deux temps et en deux parties ?). Mais en haut de la façade sud du haut bâtiment, un peu plus loin, on distingue la date «1775» ! On aurait eu là, avant la Révolution, une première maison d’habitation à étage, avec quelques bâtiments de ferme autour (pressoir, grange, hangar, puits, fours à pain + fermes, étables ?) - soit effectivement un petit hameau = plusieurs familles ! Le livre «Bouzillé à travers les âges» précise d’ailleurs : «Du fait de la forte proportion de paysans, les fermes et les villages étaient beaucoup plus peuplés qu’actuellement. Au XVIIIe, on relève 45 personnes environ au Quarteron» !

Nous avons, grâce aux cahiers généalogiques conservés en mairie, la liste des naissances déclarées au Quartron depuis la Révolution (1793 à 1940), soit une liste de 71 naissances dans 25 couples – représentant en réalité 10 familles (Goupil, Réthoré, Biotteau, Charbonnier, Bossard, Dupé, Plard, Macé, Vincent, Bondu), parfois sur 2 générations (Biotteau, Bondu) voire 3 (Goupil, Réthoré, Dupé). Les Biotteau étant là au moins entre 1816 et 1879, les Bondu plus tardivement (1852-1929 ?), les Goupil au moins de 1805 à 1924, les Réthoré de 1805 à 1940 et les Dupé de 1830 à 1972 (précédés des Terrien depuis 1775). Nous avons aussi une liste de 62 décès = familles citées déjà pour les naissances... En reprenant chaque famille, on aurait eu (c’est là une estimation, ménages avec enfants plus grands-parents habitant là puisque comptabilisés ensuite dans les décès) : sur la période 1811-1840, jusqu’à 56 habitants au Quarteron ! Vers 1862 : 37 personnes. Et après 1900 : 22… Si par exemple on prend la carte de l’état-major (1820-1866), la question est : où (et comment) vivaient tous ces habitants à l’époque (grands-parents, parents, enfants) ? Les maisons étaient bien petites, et on devait y «entasser toute la famille» !
On relève dans ces familles quatre ménages Dupé (Dupé-Terrien, -Epoudry, -Coulommier, -Bossard). Dans les actes notariés que nous avons conservés (du XXe), on trouve bien les «origines de propriété». Il apparaît que la partie du Quarteron la plus à l’ouest n’appartenait pas aux Dupé. Trois bâtiments (?) étaient aux familles Goupil et Réthoré ; cinq autres (maison aujourd’hui de M. et Mme Toublanc) appartenaient à Jean Bondu qui les avait acquis de Mme veuve Angebault et de Mme Davodeau, toutes deux nées Meslin (Meslin : la famille qui a édifié le four à chaux du Fossé Neuf au début du XIXe). D’où la généalogie suivante pour les Bondu : Marie Filion (ou Fignon) née au Quarteron (1783), fille de Jacques Filion, épousa Louis Bondu (du Fuilet) ; leur fils Jean Bondu épousa Marie Louise Bondu, dont un petit Jean décédé. Arriva alors au Quarteron (achat en 1862) un autre Jean Bondu (fils de François, cousin germain de Louis) – et ce Jean Bondu, père d’un Joseph «mort pour la France» 1916, aura pour héritière sa fille Gabrielle demeurant à Liré (épouse Mosset)…
Jean Dupé, premier garçon Dupé cité dans les naissances au Quartron (1832), avait pour père Jean Dupé, laboureur né 1800, marié à Jeanne Terrien. Jeanne née en 1795 « pluviose an IV », étant fille de Gilles Terrien et Jeanne Bondu. Gilles Terrien, né 1756, était lui le fils de René Terrien habitant à la Trotel(l)ière ; Jeanne Bondu, fille de Mathurin Bondu cultivateur à la Pohuère… La famille Terrien habitait alors la première maison à étage, datant d’avant la Révolution («1775»). Jean Dupé né 1832, marié à Anne Epoudry, était père de Félix, Victor, Emile, tous trois nés au Quarteron. La famille était propriétaire de la plupart des bâtiments du Quarteron (sauf donc ceux les plus à l’ouest), mais Jean n’était lui-même propriétaire que d’une part seulement de la première maison «1775» - qu’il a habitée avec sa famille jusqu’à la construction de la nouvelle maison. C’est lui, Jean Dupé (il avait alors plus de 40 ans, trois fils et un certain nombre de terres, cf. partages ultérieurs) qui fit construire la grande maison actuelle (avec les dates «1876» et «1894») !
Et c’est à son second fils Victor, marié en 1891 à Marie Bossard, qu’il légua cette maison. Sur l’acte le plus ancien que nous ayons «Partage Dupé 1928, entre Victor, Emile et enfants de Félix» : «Premier lot pour fournir à M. Victor Dupé… une maison et le jardin compris… une grange, une étable, un cellier et tous les droits des co-partageants dans un pressoir… La pièce du Carroil, le pré du Carrouel, le pré de la Fontaine ainsi qu’autres parcelles, pièces des Chalonges, les Fontaines». Sur l’acte suivant «Donation-partage 1948» : «Mme Bossard veuve Dupé fait donation à : Marie Dupé, cultivatrice, célibataire, née 1892, et Victor Dupé, cultivateur, célibataire, né 1894, ses deux enfants. A Marie : maison d’habitation (celle du levant = la partie droite indiquée 1894) ; à Victor : maison d’habitation (celle du couchant = la partie gauche 1876)»… Nous savons que frère et sœur ne s‘entendaient pas – et à l’époque les deux parties à l’intérieur ne communiquaient même pas ! Marie Dupé décédant en 1964, son frère Victor fut son seul héritier.

J’ai rendu visite à une cousine des Dupé : Monique Bossard ép. Bouchereau, qui m’a gentiment reçu, raconté des souvenirs et montré des photos… Victor décèdera en janvier 1972 et laissera pour héritiers des cousins. La lignée Dupé au Quarteron, c’est donc facile à retenir : deux Jean, puis deux Victor ! Les 13 héritiers (en indivision) mettent en vente. Vente par adjudication (31 lots, mai 1973) : «Premier lot, acheté par M. Coignard : la maison d’habitation» (revendue l’année suivante à M. et Mme de Perier, de Nantes, qui la baptiseront «Chancour») ; «Deuxième lot, acheté par M. Rivière, de Châtellerault ; «Troisième et quatrième lots : pâture» ; «Cinquième lot : cellier avec chambre, grange, logement de pressoir, pressoir et jardin»… Le four à pain (photo), restauré, étant lui «à l’usage du hameau» (cf. au XVIIIe). La grande maison, qui a fait l’objet de travaux, deviendra résidence secondaire ; elle est aujourd’hui habitée en permanence (1001 Le Quarteron). Le fils de M. Rivière a repris leur maison (1048 Le Quarteron). Et M.et Mme Toublanc sont au 1060. Soit aujourd’hui : trois propriétés.
Arnaud de Perier
Le Quarteron



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